Pourquoi tenir un blog?

par Rob Van Hilten (licence CC)

La question m’a longtemps taraudée, et tout en y songeant, j’ai eu le temps d’ouvrir 2 ou 3 blogs différents (vous pouvez vous amuser à les chercher, vous verrez c’est un parfait contre-exemple de gestion de réputation numérique), j’ai eu le temps de les laisser mourir, et de les oublier, sans jamais réussir à trouver des raisons convaincantes à leur tenue.

Parmi les arguments qui dominaient mon indécision, on trouve quelques poncifs tels que:

  • je vais me ridiculiser
  •  je n’ai rien à dire qui n’ait déjà été dit (mais alors pourquoi je suis si bavarde dans la vraie vie)
  • je vais participer à l’infobésité
  • j’ai une orthographe épouvantable.
  • écrire un blog sur quoi d’abord?

La raison manifeste est pourtant toute autre: une sacrée flemme couplée à la peur de ne pas y retrouver mon écot.

Oui,  c’est moche.

Mais voilà, il y a 15 jours j’ai été voir une conférence organisée par la Médiathèque de Poitiers et animée par Pascal Desfarges, avec l’intempestif Thierry Crouzet sur la thématique  « L’impact du numérique dans nos relations humaines ». L’air de rien cette rencontre a secoué mes vieilles connexions et j’ai quelque peu évolué dans mes considérations.

La conférence en elle-même était un troublant moment d’humanité: j’y ai senti une tension étonnante pour une conférence de fin de journée en bibliothèque. Le numérique est là, dans nos vies, tout aussi matériel que notre cuisine ou notre salle de bain, il remplit ses fonctions, quand bien même seraient-elles encore à définir, et quelques en soient les modalités. Mais le numérique désempare surtout: on ne sait pas comment l’utiliser, les bonnes et les mauvaises pratiques (morales, techniques, économiques) se croisent sans jamais faire l’unanimité. Bref, le débat était au rendez-vous.

Et dans ce joyeux bazar que représente le web, qu’est-ce que propose Thierry Crouzet? il nous invite à créer encore plus de liens: et c’est là, dans cette proposition finalement assez simple, que j’entrevois ma petite révolution.

Créer plus de liens, c’est quoi?

Créer plus de liens, c’est avant tout créer du contenu. C’est poser une trace, sa propre trace qui dessinera un morceau du territoire web. Et surtout, c’est proposer ses propres chemins vers d’autres contenus. C’est oeuvrer pour créer le web.

Créer plus de liens pourquoi?

Parce que le jour où Google nous aura rendus tous accrocs, il fera payer le service. Et ce jour-là, on sera content d’avoir participé à des blogs, des wikis, des sites qui créent d’autres chemins que la voie impériale « Google ». « Créer des chemins d’individuation » pour citer Crouzet.

Et si je ne suis pas lue?

C’est que tu es une grosse quiche!! Oui, mais une grosse quiche qui tient un blog, c’est déjà presque une tarte et derrière on sent pointer la patisserie, voire la cerise sur le gâteau; quand la guerre de Google contre tous sera déclarée. Oui, parce que Google sera bientôt (en fait l’est déjà) l’équivalent de nos agences de notation, ceux pour qui on vendra pairs et maires.

Non, sans rigoler, si je ne suis pas lu(e), ce n’est pas grave, puisqu’il s’agit de réaliser des circuits parallèles qui nous serviront bientôt, quand Google sera vraiment méchant.

Pour faire un lien justement, et même s’il est osé: j’ai cru entrevoir sur le web (en fait, chez affordance), une analyse autour d’une confrontation qui s’opérerait entre deux logiques, d’une part celle du classement (les annuaires, les rayonnages de bibliothécaires, l’archivage) d’autre part celle de la requête (les moteurs de recherche en très gros): la requête n’étant pas uniquement un calcul, mais aussi une vision du monde,  à la différence du classement ou de l’archivage, ses principes invisibles (la forme de l’algorithme) la font passer pour une réponse objective à la recherche: en somme les autoroutes Google, Facebook ou Microsoft nous font passer des subjectivités pour des lanternes. Elles s’opposent par là, aux petits ruisseaux que nous créons avec nos consciences externalisées (selon les mots de Crouzet).

Pour revenir au propos de ce dernier, il était évidemment bien plus complexe que j’ai pu le laisser entendre, et parfois même, il me semble, contestable: je suis pas exemple instinctivement opposée à sa conception du nomadisme virtuel, qui me semble être plus une invention poétique qu’une réalité.  Thierry Crouzet l’énonce d’ailleurs lui-même, ce qu’il nous manque aujourd’hui c’est un grand récit: une théogonie, une cosmogonie, en fait, un récit fondateur de l’ère numérique.

Une interrogation subsiste néanmoins après cette soirée:  si créer des liens permet de combattre les concentrations de services chez les cyclopes numériques, comment éviter que la problématique de la concentration se retrouve ailleurs? dans les tuyaux (parce qu’il faut de l’argent pour les maintenir ces tuyaux…) dans les data centers… etc.

Réflexion à suivre…

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Un commentaire pour Pourquoi tenir un blog?

  1. Anne Guégan dit :

    Intéressant débat sur les moteurs de recherche dans les commentaires du blog ci-dessous http://www.laurentbourrelly.com/blog/1005.php
    Intéressant comment tout le monde souhaite moins d’hégémonie de Google mais ne se résout pas à passer à autre chose
    à suivre Bing Volunia FB… et d’autres ?
    Donc, j’espère que notre dépendance à Google (images, docs, veille,…) ne nous empêchera pas de migrer ailleurs si on le souhaite

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