Changer de site, comment, pourquoi?

Difficile article aujourd’hui, difficile mais nécessaire, car je ressens le besoin de faire un point d’étape dans le travail sur notre site Internet entamé il y a maintenant (presque) 1 an.

Actuellement nous avons terminé la phase de réflexion et avons entamé la phase suivante: action! Avec la réalisation et le dépouillement d’une enquête utilisateurs, avec le contact direct avec plusieurs prestataires différents, avec l’élaboration de plusieurs scénarios possibles.

Pourtant j’ai l’impression que le projet, ou plutôt moi toute seule, s’enlise dans la phase de réflexion et que je n’arrive pas à fixer des objectifs dans le temps, clairs, réalisables et satisfaisants. Peut-être que partager mes doutes en public me permettra de les lever?

Pour commencer, rappelons les 3 contextes dans lesquels je me trouve:

Contexte 1 (interne): chargée de mener un groupe de travail (et on ne pouffe pas dans le fond) sur la rénovation de notre site Internet , actuellement un portail (on ne pouffe toujours pas) fourni par le leader du marché, mis en ligne en 2003.

Contexte 2 (institutionnel): l’Université est d’une part en pleine période électorale. L’élection des 3 conseils a eu lieu la semaine dernière donnant un avantage suffisamment net à l’un des candidats à la Présidence pour que son challenger se retire de la compétition. Un renouvellement important de l’équipe dirigeante est donc en marche.

Parallèlement à cette actualité électorale, l’équipe chargée de la communication à l’Université a récemment mis le turbo sur une communication tous azimuts (et réussie à mon avis): changement de logo avec vote de tous les personnels et étudiants (et ouvert au public…), refonte de tous les outils internes et externes, investissement dans blogs (exemples ici ou ) et réseaux sociaux…et changement de site Internet à venir, avec une déclinaison graphique qui sera proposée aux composantes.

Et parallèlement à cette actualité électorale et communicationnelle, le Service Commun de Documentation est l’objet depuis plusieurs années d’un projet, d’abord de « grande bibliothèque » sur le campus, puis de « Learning Center », au sujet duquel le personnel a été convié la semaine dernière à une journée d’étude dont vous trouverez les notes ici. Heureusement ou malheureusement (ça se discute), ce projet est devenu un enjeu électoral, l’un des candidats s’étant prononcé contre en des termes laissant relativement peu de place à l’interprétation, l’autre étant pour. Bon, c’est le premier qui a gagné…

Contexte 3 (informatique documentaire): il me semble (mais soyez plein à me contredire, je vous en prie) que les bibliothécaires français chargés de s’occuper des sites Internet de leurs institutions, en tout cas dans l’enseignement supérieur, sont pris dans une double contrainte, contradictoire évidemment sinon ce ne serait pas drôle:

1) Comme des lapins pris dans les phares, attendant avec sidération que sorte du chapeau d’on ne sait où (des avancées technologiques? des professionnels de la profession? d’ailleurs?) des nouvelles normes de descriptions des documents qui vont tout changer, rendre notre vie meilleure et nous permettre de trouver tout, tout de suite et en plus ce sera pertinent et en plus y aura de la sérendipité ;

2) Comme des hystériques, tressautant sur tous les moyens de communication numériques qui bougent: réseaux sociaux, applis mobiles, réalité augmentée, pour ne pas laisser échapper le public souvent enclin, il faut bien le dire, à zapper sa BU dans ses pratiques numériques.

Conclusion provisoire sur ces trois contextes: il est urgent d’attendre, mais il est urgent de faire quelque chose. Si je récapitule, le contexte m’incite à agir car:

– le site actuel est vieux et pourrait assez facilement être remplacé par un autre, ne serait-ce qu’une mise à jour de l’existant

– la communication de l’Université est en pleine effervescence et ce serait dommage de ne pas s’inscrire dans ce mouvement

– c’est le moment de proposer aux usagers des outils attractifs pour ne pas les perdre définitivement.

Mais le contexte m’incite aussi à attendre car:

– l’Université est en plein changement de gouvernance et la place donnée au Service Commun de Documentation dans la politique de la nouvelle équipe reste à définir

– l’informatique documentaire est en pleine évolution, de nouveaux outils apparaissent sur le marché français (les fameux Discovery Tools) sans que l’on ait encore du recul sur eux (ou bien des retours contradictoires), les nouveaux formats se font attendre mais attention! ils vont arriver et vont tout changer, des instances nationales nous promettent un avenir meilleur pour peu que l’on soit un peu patient.

Vous aurez remarqué cependant que le contexte interne, lui, m’incite à agir et non à attendre: notre site de 2003, c’est bon, on l’a assez vu. Oui d’accord mais pour faire quoi?

Il me semble au vu de ce que viens d’exposer (non? la démonstration n’était pas éclatante?) que la problématique « site Internet » diffère tout de même sensiblement de la problématique « chercher dans les ressources documentaires » (et je dirai Opac pour aller vite même si ce n’est pas correct). Comme d’autres je suis séduite par l’option Discovery Tool et cette promesse de taper un mot et de ramener tout ce qui m’intéresse et me sera utile ; mais j’ai bien conscience que les outils ne résoudront pas tout et que les bibliothécaires « ont un rôle à jouer dans la jungle informationnelle ». Donc s’en remettre entièrement à un outil imparfait serait dommage, d’autant qu’on a plein de compétences à valoriser y compris concernant les ressources numériques. Et si on ne les a pas ce serait relativement urgent qu’on s’y mette.

C’est pourquoi je suis actuellement partie sur l’option de déconnecter le site de l’Opac, donc de détricoter ce qui avait été brillamment tricoté par mes collègues au début des années 2000, de façon à nous diriger vers des outils qui pourraient évoluer facilement plutôt que de s’engager aujourd’hui dans une solution prévue pour durer 10 ans ; en effet, le triple contexte (voir plus haut), je ne sais même pas ce qu’il sera dans 2 mois…Changer de site maintenant, utiliser un CMS libre, inventer tous ensemble, dans notre gros réseau tout éclaté, des façons de dire / montrer ce que l’on fait, à quoi l’on sert, fédérer tout ça en virtuel et laisser pour plus tard (pas trop non plus) la partie Opac, laisser se décanter les nouvelles normes, les  nouveaux formats, les nouveaux outils et choisir le meilleur mais une fois qu’on aura bien appris, tout ensemble, ce que ça veut dire d’être présents sur le net et une fois qu’on aura choisi ce que l’on veut offrir.

Mais voilà je doute. Est-ce que les usagers vont s’y retrouver? Est-ce que mes collègues vont s’y retrouver? Est-ce qu’on ne va pas lâcher un relatif confort d’administration et de navigation pour se retrouver avec un machin que personne n’aura le temps ni l’envie de faire vivre, et qui va vieillir avant même d’être en ligne? Est-ce que je vais faire perdre du temps et de l’argent au SCD, à l’Université, au contribuable? Et pourquoi une décision après tout pas si importante (c’est vrai quoi, je décide pas d’envoyer des troupes en Afghanistan) m’empêche de dormir?

Peut-être que j’ai juste besoin de partir en congé maternité…

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3 commentaires pour Changer de site, comment, pourquoi?

  1. Marie_Idille dit :

    Merci pour ce très intéressant billet!
    2 pistes qui me viennent en tête mais qui en fait revienne à une seule = prendre du recul en présentant un genre d’état des lieux de la réflexion à des yeux neufs, par exemple en demandant des avis extérieurs au GT, voire au SCD :
    – as-tu eu un contact avec M. Com’ de l’Université?
    – proposer une séance de présentation/échange à l’ensemble du personnel? (sais pas si c’est faisable, si d’autres que GT se montreraient intéressés et si ça s’avérerait profitable au final…)

  2. Anne Guégan dit :

    Excellent ! L’urgence est de communiquer avec un site qui reflète ce que nous sommes : dynamiques, motivés, experts… offrant des services documentaires, numériques de qualité. Le métamoteur a rendu pas mal de services depuis 2005 mais aujourd’hui on sait que l’on doit pouvoir s’en passer. La recherche sur le web n’est plus la même. On peut utiliser Google scholar,
    tous les sites ou BDD proposent des alertes, les réseaux sociaux permettent d’échanger de l’info, on a même la possibilité d’utiliser le discovery tools d’une autre bibliothèque http://umoncton.summon.serialssolutions.com/search?s.q=bioluminescence
    « Est-ce que les usagers vont s’y retrouver? » L’idée est de leur faciliter la vie pas la compliquer.
    PS : Si tu passes tes nuits à retricoter ce qui a été détricoté dans la journée, tu dois disposer maintenant d’un nombre impressionnant de brassières en tout genre.

  3. poldocbu dit :

    Merci vous deux :-). Bon je vais devoir faire un autre billet pour raconter la suite…

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