Offrir un service d’impression 3D en BU?

1. Contexte local

Dans la BU Droit-Lettres de Poitiers, la salle de Droit a été récemment vidée de ses collections, celles-ci rejoignant une bibliothèque d’UFR existant à proximité pour devenir la seule BU Droit-Économie-Gestion du campus. La BU Droit-Lettres ne propose actuellement comme modalités de travail que des grandes tables ou des tables individuelles en salle de lecture, et ne favorise pas d’autre ambiance de travail que silencieuse (à part quelques tables dans le hall) : il a donc été décidé d’investir cet espace dégagé (900m2) pour offrir d’autres postures (fauteuils, canapés, poufs, tabourets hauts, chaises mobiles…) et d’autres configuration de travail (13 « petites » salles de travail en groupe, de 4 à 12 places). La salle doit également héberger plusieurs services rendus plus visibles par la mise en place de « guichets » ou « permanences ». Un travail est notamment mené pour accompagner étudiants et enseignants à la « production » sous toutes ses formes : écrire un travail universitaire, le mettre en forme (notamment la bibliographie), l’imprimer, le publier en ligne ; déposer ses articles dans une archive ouverte ; enregistrer des prestations orales, audio ou vidéos, les monter, les diffuser ; disposer d’outils pour réaliser, modifier et publier des images ; valoriser son travail universitaire et son image (d’étudiant/d’enseignant) sur le web ; contribuer à la diffusion de la culture scientifique.

Dans ce contexte, la réflexion sur l’impression 3D prend naturellement place. Faut-il le proposer dans ce nouvel espace, aux côtés d’autres innovations technologiques, et sous quelle forme ?

Pour commencer la réflexion, existe-t-il d’autres lieux à proximité pour concevoir et réaliser des projets d’impression 3D ?

Le site « Patchworking Poitiers » répertorie les lieux de « co-working » offrant des services collaboratifs utilisant des outils numériques. Une carte des Fab Lab de Poitou-Charentes est disponible : http://www.patchworking.fr/index_334_fab-lab-en-poitoucharentes.html.

Les lieux les plus actifs :

Fablabs :

– Créalab d’Angoulême http://crealab-angouleme.fr/

– ParthLab à Parthenay http://parthlab0.wix.com/parthlab

– UNIT, le fablab des Usines Nouvelles à Ligugé http://www.lesusinesnouvelles.com/fab-lab/

Culture scientifique :

– La Bêta-Pi à Melle, éducation et démocratisation scientifique http://www.labetapi.fr/

– Espace Mendès-France à Poitiers, éducation et démocratisation scientifique et culturelle http://emf.fr/

– Par ailleurs l’association « Les petits débrouillards » possède une flotte d’imprimantes 3D qui peuvent être utilisées à l’occasion d’animations dans différents lieux : http://lespetitsdebrouillardspc.org/Un-instrument-3D-qui-augure-une.html

Autres lieux :

– Le laboratoire Techne de l’Université de Poitiers (Poitiers campus) est également cité

– Canope-CRDP à Chasseneuil-du-Poitou propose aux enseignants du primaire et secondaire des ressources et matériels numériques pour mener des projets avec leurs élèves ou préparer des séances pédagogiques incluant ces éléments.

De ce tour d’horizon local se dégagent 2 observations :

– aucun « fablab » de la région n’est pour le moment implanté dans, ni en lien étroit avec, une bibliothèque, qu’elle soit publique, universitaire ou scolaire

– les lieux cités travaillent déjà ensemble : un nouveau service dans un nouveau lieu peut bénéficier d’expériences déjà menées et d’une entraide/émulation entre les différentes équipes.

2. L’impression 3D en bibliothèque

Lors de ma participation au congrès IFLA de Lyon cet été, j’ai pu assister à une réunion dont le thème était « les bibliothèques publiques ». La question de l’impression 3D est venue sur le tapis, et une bibliothécaire américaine a déclaré que certains collègues étaient réticents face à l’introduction de ce service dans leurs établissements, alors que les usagers étaient très demandeurs et, selon ses termes, « ne comprennent même pas pourquoi ce n’est pas en place depuis longtemps ». Cet article du blog Biblionumericus du 07/01/2015 suit la même ligne directrice en expliquant que l’association des bibliothécaires américains (ALA) s’est emparé du sujet en invitant les bibliothécaires à être partie prenante dans ce qui s’annonce comme une révolution des usages du numérique par les particuliers : http://biblionumericus.fr/2015/01/07/lala-les-bibliotheques-americaines-et-limpression-3d/.

En mars 2013, ce document ne faisait cependant état d’aucune installation permanente d’imprimante 3D dans des bibliothèques françaises : http://fr.slideshare.net/marcmaisonneuve60/descriptif-des-servicesdimpression3denbibliotheque. En effet, l’impression 3D est plutôt vue comme un support à la médiation scientifique sous forme d’animation et un exemple de la culture du « faites-le vous-mêmes », et prend plutôt place dans des centres sociaux, MJC, Espaces Publics Numériques. Une exception semble être l’expérience de la médiathèque des Ulis, dont on peut lire une belle description ici : https://www.facebook.com/permalink.php?id=153544191342094&story_fbid=704012249628616.

Cependant en 2012 Marie D. Martel donnait dans son texte « La prochaine révolution en bibliothèque, faites-la vous-mêmes ! » (http://voir.ca/marie-d-martel/2012/10/11/fab-lab-la-prochaine-revolution-en-bibliotheque-faites-la-vous-memes/), introduction à la description de 8 « merveilleux labs » nord-américains, d’excellentes raisons pour installer un fablab en bibliothèque. En effet les bibliothèques, traditionnelles prescriptrices de documents rares et précieux, se voient concurrencées dans cette fonction par la profusion de documents numériques. Cependant si chacun peut accéder à l’abondance d’informations, tout le monde n’est pas égal devant son appropriation et sa réutilisation pour comprendre et agir sur le monde. De lieux de stockage et d’accès, les bibliothèques deviennent lieux de médiation : la suite logique de cette médiation étant la prise en main concrète sur le monde, par la création, qu’elle soit écrite ou matérielle.

Dans une bibliothèque universitaire, un service d’impression 3D peut servir naturellement pour réaliser des travaux universitaires demandés par les enseignants ; mais la mise à disposition de logiciels et de matériaux peut aussi jouer un rôle de vulgarisation scientifique ; enfin, l’impression 3D est amenée dans les années qui viennent à jouer un rôle de dépannage ou de décoration dans la vie quotidienne, services qu’une bibliothèque peut aussi offrir à son public.

Les bibliothèques universitaires les plus modernes incluent un service d’impression 3D, par exemple dans l’espace de coworking universitaire de Marne-la-Vallée (http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/vers-des-campus-durables-les-bonnes-pratiques-des-ecoles-et-universites/un-espace-de-co-working-universitaire-a-marne-la-vallee.html). Mais certaines choisissent aussi de s’en passer, comme le Learning Center de l’Université de Nice (http://unice.fr/learning-centre).

3. L’impression 3D dans la « salle nouveaux usages »

Si le service est offert dans cet espace, plusieurs mutualisation doivent être envisagées :

  • association avec les enseignants pour que le service réponde à des besoins pédagogiques
  • mutualisation avec le réseau des médiathèques de Poitiers
  • partage d’expériences avec les FabLabs régionaux cités en début d’article
  • intégration de ce service dans une offre plus large de services « à découvrir ».

Comme pour faciliter notre réflexion, la journée d’étude Bibdoc37 (16/04/2015 à Tours) portera cette année sur « La bibliothèque augmentée: regards croisés sur la co-construction des savoirs ». Le programme est à découvrir ici: http://www.bibdoc.fr/index.php/accueil-bibdoc37/session-2015.html. De quoi alimenter notre réflexion avant l’ouverture de la nouvelle salle, prévue en septembre 2015.

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4 commentaires pour Offrir un service d’impression 3D en BU?

  1. Anne Guégan dit :

    Article intéressant. Plus près de nous, il existe une imprimante 3D à l’IUT campus http://iutp.univ-poitiers.fr/gmp/une-visite-virtuelle/atelier/

    • annesophiepascal dit :

      Merci du commentaire. Oui en effet, il y a également celle du laboratoire de Paléontologie que nous avons eu la chance de découvrir, mais celle du laboratoire de Paléo est un matériel très encombrant dont la finalité n’est pas celle qu’on pourrait rechercher dans la salle nouveaux usages, qui serait destinée à être prise en main par un large public. En revanche il pourrait être intéressant d’aller jeter un oeil à celle de l’IUT, mais je ne sais pas dans quelle mesure ils autoriseraient son utilisation à d’autres publics que le leur.

  2. Maud Puaud dit :

    Bonjour,
    Je sors un peu du sujet principal, mais un retour sur les autres actions / guichets autour de cette réflexion là (accompagner étudiants et enseignants à la « production » sous toutes ses formes) m’intéresserait aussi, pour le côté formation usagers.
    Merci d’avance !

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